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Salle comble pour un retour historique sur l'empreinte bretonne en Pays Guérandais

« Le Pays Guérandais est-il Breton ? », c’est la question un tantinet provocatrice posée par Loïc De Chateaubriant. Un éternel débat dans la région pour lequel l’historien a apporté de nombreux éléments avérés, plus ou moins connus, tenant parfois de l’anecdotique, mais toujours très enrichissants. La conférence qui s’est déroulée à la salle Méniscoul de Piriac a connu un tel engouement qu’il a fallu en organiser une seconde, le 6 novembre dernier. Oui, Piriac et le Pays Guérandais sont Bretons, mais les subtilités sont nombreuses et passionnantes.

Il n’y avait plus une place à la salle Méniscoul pour écouter Loïc de Chateaubriant et son fabuleux récit de l’histoire bretonne du Pays Guérandais à travers les siècles. Un pays « aux limites un peu floues mais dont l’acteur fondamental du territoire est la mer, comme le nom l’Armorique l’indique ». Pour expliquer le contexte actuel, l’historien est parti de loin : de Jules César, un temps où la Bretagne n’existe pas encore mais qui va voir ce bout de terre investi par une immigration venue de l’île de Bretagne du 5e au VIIe siècle. « Jusqu’au XIIe siècle, il y aura beaucoup d’échange entre les habitants de Bretagne, surtout du côté de Morlaix, et la Cornouaille anglaise, qui partagent la même langue », explique Loïc de Chateaubriant. Chassés de Grande-Bretagne par l’invasion des Germains, ils seront encore très nombreux à s’installer en Bretagne au cours des siècles.
C’est Nominoë, considéré comme le premier souverain de Bretagne qui établira l’indépendance du pays et l’établissement de l’État Breton, après de nombreuses guerres. « Jusqu’au IXe siècle, nous sommes sur une fracture. À partir du XIe siècle, nous sommes dans un ensemble constitué avec Nantes comme ville stratégique », ajoute l’historien. *
Loïc De Chateaubriant livre également des chiffres intéressants, qui montrent que les réalités d’aujourd’hui n’étaient pas les vérités d’hier. Ainsi au XVe siècle, la Bretagne compte 1,3 million d’habitants, ce qui est exceptionnel pour l’époque. La population est concentrée dans les Côtes d’Armor, en raison des échanges économiques avec l’Angleterre, en Bigoudénie, et en Presqu’Île Guérandaise. Nantes abrite 14 000 habitants, Rennes 13 000, Vannes 5000, et avec 4 000 habitants, Guérande est une cité de première importance. Mieux encore, vers 1600, il y a 16 000 habitants à Nantes et 10 000 à Guérande ! En 1690, la Bretagne compte 2,4 millions, dont 40 000 à Nantes, ce qui en fait la région de l’hexagone la plus peuplée.
Avec l’assimilation politique et juridique de la Bretagne au 15e et XVIe siècle, le pays Guérandais connaît un formidable essor pendant trois siècles. Loïc De Chateaubriant donne un exemple marquant : sur 995 bateaux comptabilisés dans le port d’Anvers, 815 battent pavillons bretons ! Les Bretons dominaient les mers et le commerce avec la toile de lin, « le pétrole de l’époque pour faire les voiles de navires », le vin, « les vignes du pays nantais les plus proches pour les pays de l’Europe du Nord », et le sel, « produit dans le Pays de Guérande et indispensable à l’époque ». Mais faute d’avoir construit des ports, notamment sur la côte Atlantique, les Bretons vont rater le coche au XVIe siècle et connaître un rapide déclin au profit des Hollandais.
À Guérande, on subit de plein fouet le déclin. Mais pire encore, la cité perd de son influence au profit de sa voisine du Croisic, marquée par l’empreinte du protestantisme comme Piriac-sur-Mer.
En partant des phénomènes de chouanneries, extrêmement différents de part et d’autre du Pays de Guérande, Loïc de Chateaubriant explique les clivages politiques qui marquent encore aujourd’hui la région. « Parler de chouannerie ici, c’est abusif ! Il ne s’est rien passé de sérieux ici, à part sur Guérande et juste pendant 48 heures. Piriac par exemple était très hostile à la chouannerie, comme Le Croisic avec son attachement au protestantisme. Car qui dit protestant, dit pas monarchiste convaincu », argumente l’historien devant une assemblée complètement absorbée.
Il ajoute : « Pourquoi poser la question de l’identité bretonne de la Presqu’île ? Juste à cause du découpage administratif. Pourtant, la Loire-Atlantique, aussi curieux que ça puisse paraître n’a jamais été en Bretagne ». Loïc De Chateaubriant insiste donc sur l’héritage administratif de l’Etat, alors que la culture bretonne traverse toutes les frontières. Basse et Haute Bretagne ne sont ainsi que le fruit de l’orientation des cartes avec l’Est (le levant) en haut, à l’époque de Louis XIV.
Quant aux langues : « La Bretagne a toujours été bilingue. On n’a jamais parlé la même langue d’un bout à l’autre de la Bretagne. En Pays Guérandais, les paludiers ont longtemps parlé le Breton par intérêt commercial puisqu’ils devaient vendre leur sel en Bretagne ». Plus surprenant, la fracture au sein même de la presqu’île avec la topologie des noms de lieux. « J’ai fait une étude sur les noms de lieu en « Ker » et les noms en « ville ». Il y a 80 % de « Ker » à Piriac, 85 % au Croisic, 73 % à Guérande, et seulement 37 % à Pornichet, 22 % à Saint-Nazaire ». Il ajoute : « Au XVIIe siècle, la presqu’île parlait breton et après ça s’est retiré. Il ne reste vraiment pas grand-chose su Breton ici, à part quelques noms de familles et de lieux. C’est une grande différence avec la Basse-Bretagne. On note néanmoins un développement dans l’enseignement secondaire avec deux écoles bilingues à Guérande et Saint-Nazaire ».
Enfin, Loïc De Chateaubriant conclut sur le développement économique de la région : « C’est deux fois plus rapide que partout ailleurs en France ! C’est l’effet littoral. D’après le programme démographique de Cap Atlantique, la population croît de 1,4% par an depuis les années 60, c’est complètement fou ! ».

Auteur : yoann Daniel | 08/12/2010 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 16 décembre 2010 à 21h48 par sophie, La Turballe
Article passionnant je regrette vraiment ne de pas avoir assisté à cette conférence. Je trouve important que nos villes (la presqu'île) continu à nous proposer de telles conférences ou débats. Merci à yoann Daniel pour m'avoir donner envie de me plonger dans l'Histoire de ma région avec cet article bien écrit.

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